YANN DESTAL & FRIENDS

You Know Me (Live featuring Laura Mayne)

Manureva (Live featuring Van Gogh Superstar)

Happy Christmas (Live featuring Rahan)

Bad Chills & Dizziness (Rahan)

Lady Acc (Modjo)

Love My Morocco (OTM)

What You Need (Priors)

 
 

DESTAL CHRONIQUES

Il y a des vidéos de concerts dans lesquelles il y a de quoi détecter du subliminal, plus accessible pour certains musiciens qui ont l’expérience de la scène. Cette vidéo des Beatles est un bel exemple, et on peut y voir tout un scénario, parallèle à la performance de la chanson.

Au moment où les Beatles apparaissent dans ce show télévisé, l’ambiance dans le groupe était en plein effondrement (Geoff Emerick, leur ingé son, a démissionné pour cause d’ambiance trop stressante, et en parle bien dans son bouquin).
Ils jouent “Hey Jude”, dans une version moitié live (vocalement) et play back (la musique), et c’ est un peu particulier à gérer: le chanteur chante en live, mais pour les autres, c’est de la figuration, sauf pour deux trois choeurs. Peu importe pour Paul McCartney qui est bien décidé à ce que tout soit au top, quitte à adopter un rôle de “petit chef” dans le groupe. Dans l’exemple de cette vidéo, je vais décrire, par minutage, tout ce que je vois illustrer ce scénario. Parfois j’imagine et j’interprète, mais en général les images montrent tout simplement les choses.

0.50 : Paul jette un regard en direction de John, un regard furtif et un peu fuyant. Il avait demandé à ce que tout le monde soit « clair » pour une performance parfaite, mais John a fumé ou pris quelque chose. Peut-être une petite remarque a eu lieu à ce sujet, avant l’antenne… Paul est, intérieurement, très agacé, ce qu’il laisse voir en faisant une moue bizarre, en attendant le signal du « one, two three ».

Il commence sa chanson, très pro, comme il sait le faire. Il regarde dans l’objectif, il veut faire un vrai moment « Hey Jude ». Il jette en même temps quelques regards sur John, comme s’il le « surveillait » (1:14).

1.57 : On sent John déjà un peu ailleurs. On n’en est pas certain, mais il semble rêvasser.

Et là c’est le DRAME !

2.42 : John est sensé accompagner Paul sur les chœurs. Il l’oublie. Il tourne la tête dans l’autre sens. Il ne voit rien. Paul voudrait bien sauter par-dessus le piano et le secouer, mais impossible, il chante au piano, il est coincé, et ne peut que l’ appeler du regard. Leurs yeux ne se rejoignent pas, pendant l’éternité d’une phrase, 8 longues secondes.

2:48 : John sur son nuage est violemment remis sur terre. Il prend conscience de son oubli, réalise que Paul le supplie depuis un moment. Il dit avec les yeux « c’était là ?? » et Paul fait « oui !! » avec la tête.
John tente une levée de sourcils pour dire « écoute, tant pis, voilà ». Mais ça ne passera pas aussi facilement, et il le sait bien quand il regarde Paul à nouveau, pour sonder la gravité de son oubli.

2.53 : Paul, très pro, décide de simuler un amusement, comme quand ils faisaient des pins sur scène à l’époque où ils tournaient. Mais cette fois c’est différent: cette apparition live est unique, les concerts c’est fini, c’était un « one shot », il fallait pas déconner. John le sait bien, et il n’a pas le coeur à faire semblant d’ en rigoler. D’ailleurs, ce serait le comble.

3.07 : ici Paul regarde quelqu’un qui se situe dans le public, mais quelqu’un de précis. Quelqu’un qui sait ce qu’il pense, à qui il peut dire « tu as vu? qu’est-ce que j’avais dit ». Il regardera plusieurs fois cette personne par la suite pour avoir un témoin de sa frustration.

3.24 : il montre cette frustration à la mystérieuse personne du public en pinçant des lèvres, « la version est ratée ». Cette histoire de choeurs a chamboulé la structure et l’équilibre de la chanson, il ne l’avale pas.
Mais attention. Il y a un second round. Il y a une seconde chance, ou, plutôt, un second risque ? John l’a oublié la première fois: est-il étourdi au point de l’oublier à nouveau? Pas question de laisser ça se reproduire.

3.30 : le moment approche. Les yeux paniquent, hésitent entre exprimer et dissimuler à la caméra, qui le filme en gros plan. Pour Paul, il s’agit de garder – discrètement – John sous pression pour ne pas qu’il reparte dans ses rêves. On le surveille de près. Attention c’ est dans deux phrases.

3.33 : Paul se révèle. Toute la frustration qu’il a ressenti lui donne l’autorisation de traiter John comme un enfant qu’on dirige d’une main de fer. « Vas-y réveille-toi maintenant, c’est là, maintenant, dans une seconde ! »

3.37 : enfin, pas là, mais à la prochaine phrase, je te surveille, n’oublie pas !

3.40 : et là c’est le soulagement, John le fait. Il chante. Il n’a pas oublié une seconde fois; il a toujours un cerveau, finalement. Maintenant que le suspense s’éteint, Paul se sent un peu bête d’avoir été aussi oppressant. Alors un grand éclat de rire, pour faire oublier tout ça.

3.43 : On est bien. On s’excuse, on se comprend, c’est l’osmose. Paul chante vit sa chanson comme elle doit être vécue, et John se rachète en mettant toute son âme dans sa phrase.


Quand vient l’ad lib, le « na na na na », c’est la récré, et c’est la joie, plus rien ne peut arriver. Cette fameuse joie des années 60.

Mais en approchant les années 70, peut-être cette joie est-elle déjà emprunte d’un arrière-goût étrange; comme un nuage noir à l’horizon, qui aura vocation à s’approcher lentement: malgré cette musique et cette volonté d’union et de bonheur, l’épisode tendu de la chanson nous dit que les discordes et les égos n’ont pas été vaincus.

Le public y croit encore, lui. Grâce aux Beatles, par eux. Alors les Beatles assument leur rôle. Faire semblant d’y croire, pour donner l’exemple, aussi longtemps que possible, à grand renforts de liesses, de gens autour, de cris.
Tôt ou tard, cet échec se révélera, ils le savent, mais, se disent-ils, si on tient assez longtemps, on ne sera plus là pour le voir. Et tant pis pour nos enfants, voués à être les rabats-joie qu’ils seront. On tient des images pour le leur prouver dans le futur, qu’ils seront des rabats-joie. Mais en y regardant de près, ces images parlent, ne disent pas forcément ce qu’elles étaient sensées dire.

Sur Youtube et autres, vous trouverez cette vidéo avec un montage alternatif, qui cache tout ce que j’ai décrit, et qu’on peut voir sur cette version, beaucoup plus « rare ». Pourquoi ces deux montages ? Preuve incontestable, ou du moins, coïncidence qui serait un signe ?


N’hésitez pas à commenter et à me donner votre avis.

YD