BIO

Yann Destal naît Yann Destagnol à Paris le 14 juillet 1978.

À la maison, rien ne prédispose le petit Yann à envisager une carrière musicale. Il y a bien cette grand-mère dont le chant est harmonieux, mais elle n’a jamais envisagé en faire un métier.

En fait, seul le père de Yann a une influence mélomane.

“ Sa passion, c’était non pas de faire de la musique (il aurait peut-être voulu ?) mais juste d’en écouter. Il n’était pas très communicatif, mais quand il nous faisait écouter des choses, à mes frères et moi, il inventait souvent une histoire autour. C’est ainsi que j’ai intégré la notion de musique en tant que langage métaphorique, qui traduirait avec intensité nos états d’âme. ”

Yann forme son oreille principalement avec les disques de son père.

DE LA FLÛTE À LA BATTERIE EN PASSANT PAR LA CLARINETTE

 

À ses 5 ans, on inscrit Yann à des cours de flûte. Il ne la quitte plus pendant quatre années, s’enferme dans “des pièces qui résonnent” et joue, beaucoup.

“ Quatre ans, c’est long. Je ne sais pas comment mon entourage a pu supporter. […] Puis, le jour est venu où on m’a demandé gentiment de choisir un autre instrument. Je me suis tourné spontanément vers la clarinette. ”

Pourquoi la clarinette ? Parce que Yann expérimente “ une sorte d’orgasme sonore ” en découvrant le célèbre Concerto pour clarinette de Mozart. Selon lui, il n’y a pas d’autre instrument qui ne produise un son plus proche de la grâce.

Et puis, la clarinette, c’est aussi le Chat dans Pierre et le Loup :

“ Pierre et le Loup est pour moi le meilleur exemple de la métaphore qui fait de la musique des êtres vivants. L’oiseau se voit attribué la flûte, le canard le hautbois, le chat la clarinette. Il se trouve que je m’identifiais à la personnalité du chat dans cette histoire. Il mène sa vie un peu dans son coin, il n’est ni proche du canard, de l’oiseau, ni de Pierre, et le vit très bien. Et la clarinette le décrit avec un subtil humour. ”

C’est ainsi que Yann Destal étudie la clarinette six années au conservatoire.

La musique fait partie de son identité, déjà depuis un moment. Il se met au piano, chez son père. Il compose ses premières mélodies, puis écrit ses premières chansons, sur lesquelles il fait parfois chanter son frère.

“ Jusqu’à mes 11/12 ans, je ne composais que des instrumentaux. Je trouvais que la musique, en tant que langage symbolique, ne devait être faite que d’instruments, et que le chant humain parasitait la pureté du concept. Mais je me suis quand même essayé à la chanson. Pour y aller progressivement j’ai écrit des chansons pour enfants, un peu à la Henri Dès. Et puis j’ai fait chanter mon petit frère Axel dessus, avec des chansons comme “ Le petit cafard ”, ou “ Quand je serai grand ”… Ca a duré un été, mais les chansons restent toujours touchantes à écouter. ”

 

DE LA PASSION AUX ÉTUDES SPÉCIALISÉES

 

L’été est fini et Yann Destal se retrouve maintenant au collège. C’est l’époque où il se met à la batterie.

“ Je suis tombé en admiration totale pour la batterie. Cet instrument surpasse tous les autres par son volume sonore et physique, il est d’une architecture fascinante et pourtant, le batteur est relégué au fond de la scène. Je pense que je me sentais sous-estimé dans la vie pour des raisons personnelles, et que c’est un des facteurs qui explique ma solidarité envers les batteurs. ”

Yann a 13 ans quand il intègre son premier groupe de musique, avec des amis de son frère ainé : Il rencontre un certain David Lewin, et intègre le groupe à la batterie.

“ Ma première répétition, un des plus beaux jours de ma vie. J’étais très intimidé d’être avec des plus grands, avec des guitares électriques pour la première fois en vrai devant moi. J’avais une petite batterie électronique à quatre pads offerte pour Noël, et j’ai été pris. ”

On joue surtout des reprises.

En parallèle, Yann enregistre ses morceaux sur un 4 pistes, progresse, s’initie aux techniques de chant. S’il éprouve un léger mépris pour les chanteurs narcissiques qui ne sont pas toujours musiciens, il a une révélation en découvrant l’interprétation de Freddie Mercury en live à Wembley, sur Bohemian Rhapsody. Dès lors, Yann commence à travailler sa tessiture. Il met un point d’honneur à se lancer des challenges vocaux dans les chansons qu’il enregistre. “ Les notes aiguës poussent à un effort parfois très intense, et expriment la douleur que la vie peut avoir sur nous. Elles sont aussi une prise de risque.”

Après sa scolarité, Yann est plus que jamais décidé à faire de la musique son métier. Il intègre à Paris l’American School of Modern Music, autant pour rassurer ses parents que continuer à se former.

Il s’inscrit en tant que pianiste, mais l’enseignement demande trop d’investissement dans la musique jazz, et Yann demande à être redirigé dans la batterie.

“ Les dix années que j’avais accumulées à prendre des cours de batterie au conservatoire me permettaient d’avoir des notes convenables sans trop avoir à faire d’efforts. Et puis, les batteurs, on leur fiche la paix sur la théorie harmonique jazz, assez compliquée. ”

Yann Destal, partisan du moindre effort ? Pas vraiment, c’est juste que l’artiste est prudent face aux enseignements académiques parfois trop stéréotypés. Il en tirera de précieuses leçons, mais décide de faire son propre tri.

DE YANN À MODJO

 

Si Yann connaît déjà Romain Tranchart avant d’intégrer l’American School of Modern Music, c’est à l’école que les deux jeunes hommes commencent à se fréquenter.

“ Il avait acheté un sampler et du matériel pour faire de l’electro chez lui. Je le voyais proposer à des gens de “ passer faire un peu de zik ”. Puis un jour, il me l’a proposé également. L’electro était un domaine inexploré chez moi. C’est aussi pour ça que l’idée m’a plu. ”

C’est ainsi que Yann Destal et Romain Tranchart se mettent à faire de la musique ensemble. Alors qu’ils commencent tout juste, ils mettent de côté What I Mean pour finaliser un autre morceau attendu par le petit label chez qui est Romain. Ils sont alors loin d’imaginer l’impact que ce morceau aura sur leurs vies : ils l’intitulent Lady (hear me tonight).

“ Romain l’a fait écouter à ses amis. Puis il m’a dit : “ Tout le monde pense qu’on ne devrait pas le passer à mon petit label, mais le proposer à des plus grosses maisons de disques. Ils pensent que c’est un gros tube. ”  ”

Ils franchissent le pas en prenant rendez-vous auprès des maisons de disques, en rentrant à l’improviste. Les réponses sont presque toutes enthousiastes, et la proposition de Barclay/Universal est retenue pour sa vision et sa motivation la plus grande à l’égard du projet.

La suite, on la connaît. Lady (hear me tonight) devient un tube planétaire en 2000. Pour la première fois, un groupe français est numéro un des ventes en Angleterre. Ils relèguent Madonna à la seconde place avec “ Music ”. Tout bascule.

“ C’était si soudain, si facile, que je me suis un peu méfié. Pour Romain et moi, le circuit des structures du disque étaient potentiellement un danger pour la musique, et on ne savait pas où pouvait mener cet engrenage du “ tube ”. Hors de question de balancer à la poubelle tout ce que représentait la musique pour moi pour de l’argent et des apparitions à la télé, dans des clips avec des femmes etc. C’est pourquoi on est restés discrets en tant que personnes, laissant la place de “ star ” à la musique. La célébrité, qui a ses côtés plaisants, est potentiellement un grave piège qui détourne de l’essentiel et qui peut enfermer/cristalliser l’artiste. Je suis heureux d’avoir évité ce piège, car loin d’avoir été “ cristallisé ”, j’ai pu me lancer dans le projet que je défends aujourd’hui en tant que Yann Destal, avec une musique qui a toujours été celle de mes rêves les plus anciens. ”

DE MODJO À YANN DESTAL

 

Pour Yann, c’est le moment. Ces chansons qui attendaient leur tour depuis tout ce temps, certaines depuis son adolescence. “ It’s War ”, dont il avait enregistré une démo instrumentale au lycée, ainsi que “Down (on the ground)”. Puis il y a ce morceau, “ Great Blue Sky ”.

“ En enregistrant la démo de Great Blue Sky, je réalisais ce que je savais au fond depuis le début. Je n’étais pas là pour être un nouveau truc de rock, ou autre, mais pour proposer de faire exister un son, un univers bien particulier, comment dire… spécifique. Ça implique tout un tas de choses. Je ne ferai pas partie d’une grande famille musicale, je tenterai d’en créer une, de l’imposer. C’est une ambition extrême, voire utopique, certainement irréalisable. Les radios, les médias, tout ça, tout ce système bien huilé, qui fonctionne avec la mode… Je vais arriver là-dedans et décider de faire une exception pour moi ? Il faudra que la qualité de la musique soit maximale, pour espérer y arriver.”

Il le sait, il amène sa musique vers des horizons non seulement très éloignés de ceux qui ont fait le succès de Modjo, mais très éloignés de ce qui se fait aujourd’hui, de manière générale. Il utilise tout son savoir-faire, non seulement technique- en jouant à peu près tous les instruments – mais aussi en songwriting, en mélodie, il laisse libre cours à son inspiration, et elle l’emmène très, très loin. Si loin qu’il se verra affublé du nom d’ “ ovni ” par nombre de critiques qui peinent à trouver les mots justes. Comme il s’en doutait, les médias sont déconcertés, voire un peu effrayés. Les Inrockuptibles écrivent un papier d’abord pour le moins élogieux sur la chanson “ Great Blue Sky ”: “ En un seul single (GBS), Yann Destal ose une des chansons les plus insensées et audacieuses tentée en France depuis Polnareff ”. Pourtant, à la sortie de l’album, il n’y aura pas une ligne sur le sujet. Trop “ insensé et audacieux ”, peut-être.

L’album “ The Great Blue Scar ” sera donc traité en “ ovni ” par les grands médias de la musique, et relativement ignoré. Mais pour Yann, c’est le début de l’aventure de sa vie. Peu importe qu’elle démarre sur ce qu’on peut appeler un échec commercial, puisqu’artistiquement, les fondations de ce qu’il est, et sera, sont bel et bien posées, de la plus belle façon, et elles sont déjà bien solides. Les bénéfices qui en découlent sont inquantifiables : c’est une naissance, tout simplement.

Évidemment, avec Barclay, la situation se complique, jusqu’à la séparation.

“ J’ai été “ libéré ”. Du moins c’est comme ça que je l’ai vécu. Les trois, voire quatre dernières années que j’ai passées chez eux ont consisté à enregistrer des démos innombrables (c’est pourquoi je n’ai jamais pris ça comme du temps perdu), mais aussi à refaire des versions différentes, des chansons plus comme ci ou comme ça, parce qu’un directeur artistique m’expliquait que c’était obligatoire pour toucher un public. Barclay n’a pas pour réputation d’être trop dure avec ses artistes pour qu’ils adaptent leur créativité au marché, mais quand ils m’ont libéré, j’ai retrouvé avec un grand bonheur la sensation de composer sans avoir à me soucier des critiques marketing.”

Yann compose et enregistre désormais avec ses propres moyens, en toute autonomie. “ Let Me Be Mine ” prend forme, le second opus. On a fait du chemin depuis le dernier disque, des années ont passé, et le chemin de la vie se retrouve sur le disque, dans les textes et dans la musique.

“ Mon premier album, “ The Great Blue Scar ” parlait de devenir. Je me souviens, je voyais la route se dessiner, et j’avais mon baluchon sur l’épaule, prêt à partir. Le temps de dire “ au revoir ”, ou “ adieu ” à ceux qui restent, en leur chantant les chansons de ce disque. Ensuite, le chemin initiatique. Le disque que je sors prochainement, “ Let Me Be Mine ”, en retrace quelques épisodes. Mais il évoque surtout l’endroit où ce chemin m’a mené. L’endroit où on “ est ”. Où on peut enfin commencer à agir.”